April 26, 2006

Quaero et l'innovation industrielle

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amo@emakina.fr

Suite au rapport Beffa, l’annonce de la création de l’agence de l’innovation industrielle avait suscité une circonspection caractérisée qui m’avait inspirée ce billet et avait souligné la nécessité et l’attente d’un Small Business Act en France et en Europe.
Peine perdue, l’AII développe un modèle assez classique d’interventionnisme étatique via des consortium peuplés de grands groupes. La liste des premiers projets en témoigne, parmi lesquels Quaero.

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Plus d’un an après le débat suscité par Jean-Noël Jeanneney et la prise de conscience qui en a découlé, ce projet semble commencer à en devenir un, et avec un début de financement. On nous annonce donc un futur grand moteur de recherche européen, ce qui n’est pourtant pas la réponse à la question posée par GooglePrint et par Jean-Noël Jeanneney qui, certes parlait d’accès aux contenus, mais aussi et surtout de numérisation des fonds culturels européens. De ce sujet on ne parle plus.
Quand on entend qu’il s’agit de challenger Google, on se dit que le projet ne manque pas d’ambition. Mais comme Jean-Pierre Govekar, je reste sur ma faim et dans l’attente d’une stratégie claire, compte tenu d’un sujet à évolution aussi rapide que l’est celui des moteurs de recherche, sans compter les très gros poissons qui oeuvrent déjà dans ce bocal.
De toute façon, la question posée n’est même pas fondamentalement technologique, elle est dans le modèle. Si Google a lancé GooglePrint, c’est que cela répondait à son modèle et que celui-ci lui en avait dégagé les moyens pour le faire. Avec Quaero, on se positionne sur la technologie, pas sur la recherche d’un modèle économique un peu innovant. Si ça bouge fort aujourd’hui autour de Google, Yahoo! ou Digg, ce n’est pas tant sur le moteur, que sur les offres d’usages qui vont avec. Le web 2.0, c’est aussi de nouveaux modèles de business.
Ce qui m’inquiète aussi, c’est le postulat de départ, qui ne commence donc pas par une vision innovante, mais par la simple volonté d’exister sur un domaine. Il est intéressant de voir que les autres projets sont “proposés” (par des industriels) et non pas “imposés”. Tout cela est éminemment politique et il faut donc voir dans Quaero une réponse à la question récurrente de savoir comment créer Google, eBay, Amazon ou EasyJet en Europe ?, qui n’est donc pas celle d’un Small Business Act. On sait pourtant que c’est ce qui nous manque en Europe par rapport aux USA.
Pendant ce temps, à Capital IT, de vrais projets innovants issus de jeunes pousses ou de PME telles la nôtre font leur show. Quaero, c’est bien, mais qu’est-ce qu’on attendait pour soutenir la jeune entreprise innovante qu’était Exalead, qui n’a eu de cesse que de souligner que son problème était d’abord celui des moyens et de l’accès au marché européen.
Il n’y a pas d’innovation en vue dans le management stratégique politique de l’innovation en Europe.

Herve Kabla

Tout ࠦait d’accord avec le constat: absence de vision, et simple volonte d’etre “present”. Je vois mal comment les interets d’Exalead peuvent converger avec ceux de l’INA de Thomson ou de France Telecom. Bon courage Francois Bourdoncle, a qui j’adresse toute ma sympathie en souvenir de mon premier Atari 1040 ST. Pour le reste, c’est du vent, du vent et encore du vent.

Jean-Luc Grellier

La volonté n’est même pas d’exister sur un domaine, mais simplement de venir combattre un hypothétique “ennemi”… sur ce point on se la joue un peu à l’américaine… pfffffffff.
Bien des projets des idées, bref de l’innovation existent dans bien des têtes en France (la preuve Capital IT) et que 98% d’entre elle ne se concrétisera jamais, faute de moyens, d’écoute etc.
Une fois de plus au lieu d’innover et de se préoccuper de répondre à de futurs usages on se contente de copier un modèle anglo-saxon sans étudier si cela correspond à une réelle attente, et à notre culture. Le résultat n’est pas bien difficile à imaginer : Quaero va fonctionner tout d’abord grâce aux financements publiques, ne trouvera jamais sa place tant celle de Googleprint sera énorme. Le modèle ne conviendra pas aux attentes des internautes au moment où le produit sortira, dès lors le bébé sera mort-né etc.
Mais enfin Alexis tu rêves encore ? Après tout tu as peut-être raison, c’est le seul moyen d’entretenir l’espoir et d’avancer… mais il faut bien avouer que le modèle étatique d’aujourd’hui est totalement top/down… le changement vient d’en haut (l’état) et ne correspond pas aux attentes d’en bas (les citoyens) et à chaque fois (sauf rares exceptions) les projets font des flop… que d’argent public gaspiller alors qu’il suffirait d’ouvrir ses oreilles et ses yeux pour observer ce qui se passe avant de lancer des idées dans le vide.
Le modèle tout comme dans la société de l’information dans laquelle nous sommes et dont BlueKiwi est un bon exemple devrait être Bottom/Up … je mets en place des structures qui permettent :
– d’observer les usages en cours et faire de la prospective sur ceux à venir,
– d’observer les projets innovants sur le terrain et les mettre en phase avec les usages futurs en les soutenants
Il faudra un jour que l’on sorte de la politique spectacle et que l’on soit vraiment dans une politique durable

Alexis Mons

Rassure-toi Jean-Luc, tout ça ne me fait plus rêver, ça me désole.
Je dois être fasciné par ce qui ressemble à de l’obscurantisme, mais il faut reconnaître que quand tu discutes autour de toi, cette vision d’interventionnisme étatique n’est pas vraiment dépassée dans la tête de nos concitoyens. D’ou cette effort de pédagogie qui peut parraître un peu désuet au ceux qui, comme toi, ont compris depuis longtemps ce qui se passe en vrai, mais qui me semble quand même utile.

Jean-Luc Grellier

Loin de moi la pensée que ce que tu fais est désuet… au contraire, cet effort de pédagogie doit exister, il est nécessaire, je venais simplement essayer de le renforcer… 😉

Mathieu Morel

Ces grands chantiers dits d’innovation me font plus penser à un train raté qu’on essaie de reprendre… en vol.
Quant à l’interventionnisme étatique, il reste à souhaiter qu’il ne soit pas en retard dès le lancement du projet… or ça n’aurait rien d’absurde.

OinOin

Le discours de notre cher pr