November 25, 2009

Wikipédia, aux limites du 1% ?

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amo@emakina.fr

Personne ne me contredira dans le fait que nous sommes dans une période de transition, de celles qui font remonter à la surface des vérités qui déragent, sois-disant. Ainsi celle où l’on redécouvre la fameuse règle du 1%, celle qui veut que seul 1% des usagers produisent vraiment du contenu. Celle qui est aussi dans le fameux 1/10/100 : un producteur, dix critiques (commentaires, votes, taguing), cent lecteurs. Toutes sortes de choses connues depuis longtemps, j’exhume d’ailleurs à votre attention un billet de 2006.
1% c’est peu, ce qui fait dire à certain que cela pose un problème de légitimité et un problème tout court.
Dans une étude récente sur la participation politique IRL (dans le monde réel) des citoyens britanniques, les chercheurs ont également trouvé la règle du 1%. Comme quoi, il est fort probable que nous n’avons rien inventé.

1% n’est pas un problème, c’est un état et le 1/10/100 est une situation d’équilibre naturel. C’est un peu comme dans la nature, dans les ratios entre plantes, herbivores et prédateurs qui les mangent et qui constituent un équilibre naturel. Essayez d’augmentez le nombre de prédateurs et vous verrez…
1%, ça paraît petit, mais à l’échelle de grande masses, c’est beaucoup. 1% des usagers de Wikipedia ont produit 60% des articles, dès l’origine, jusqu’à aujourd’hui, mais ces 1% représente des dizaines de milliers de bénévoles.

1% c’est donc peu et beaucoup à la fois, mais à l’échelle d’une communauté, c’est fragile. Et comme dans la nature, cela n’est pas intangible et le remède n’est pas une évidence.
Il se trouve ainsi que Wikipedia semble perdre des contributeurs. Ses fondamentaux de croissance semblent se dérégler. Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel et les cathédrales (analogie d’idéal de projet récurrente à propos de Wikipédia) non plus.
Il y aurait apparemment un problème de renouvellement des contributeurs et de transformation de l’audience en contributions. Cela inquiète de savoir si cela signe un affaiblissement de la participation en soi. Je me demande pour ma part si, maintenant que Wikipedia semble arrivé, il ne manque pas un peu d’ambition et de régénération de l’idéal.

En tous les cas, les analogies avec les écosystèmes naturels viennent à l’esprit. Wikipedia est une matière vivante, un écosystème emblématique communauté de masse, mais un écosystème mal connu. Wikipédia serait-il une nouvelle terra incognita des anthropologues du XXIe siècle ? Je le pense.
tout ceci est passionnant. Il s’agit peut-être d’une simple fièvre, tout comme d’une dérive lié à la masse critique atteinte, une crise de maturité ? Le bon sens voudrait que cela soit normal. En tous les cas, observer quelles solutions de régulation vont être tentées et le résultat que cela va produire va être passionnant. La participation est une matière qui demande encore de la science, qui plus est quand on atteint le non-linéaire …

Hubert Guillaud

L’étude britannique est vraiment très intéressante effectivement. Elle montre, à mon avis, combien notre société a trouvé un équilibre dans la participation d’une portion congrue de citoyens à la vie de la cité, d’internautes à la vie d’internet, de consommateurs à la surveillance de la société de consommation !

Mais pour autant, si cette règle est prise comme une règle intangible, on voit bien qu’à l’aune du bouleversement climatique, si on n’arrive pas à mobiliser plus d’1% des gens, on peut mettre tout de suite la clef sous la planète.

Ce qui me semble intéressant dès lors, c’est de regarder les espaces où l’on dépasse ces 1% de participation moyenne. Pourquoi certains endroits font mieux ? Comment font-ils mieux ? Comment réussir à impliquer plus de gens ? Comme tu le dis, on ne connait pas encore assez la science de la participation.

Néanmoins ces limites semblent pouvoir être élargies, même avec des populations peu alphabétisées, même avec des outils en ligne… : http://www.internetactu.net/2009/11/27/pdf-europe-e-gov-vs-we-gov-collaboration-ou-conflit/

Encourageant, non ?

Alexis MONS

Oui, il n’y a pas de fatalité. Cela dit, pour le franchissement de cette limite naturelle, il me semble qu’on accède alors à un niveau d’engagement qui nous déplace dans le champ des réseaux sociaux d’entreprises. Dans ce contexte, on est bien au-delà des 1%, mais ce n’est plus uniquement de la participation spontanée, c’est de l’organisationnel et du management.