November 12, 2012

Focus design : “The perfect side of the imperfect style.”

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Manuel Diaz

Pour continuer dans la lignée des tendances design du moment, je me suis penchée sur le courant graphique de ‘l’imparfaitement parfait’.

Pendant longtemps, la priorité de l’être humain a été de faire les choses le plus parfaitement possible. Chaque domaine a connu un certain nombre d’évolutions permettant d’aspirer à cette perfection. Qu’il s’agisse de la photographie ou du dessins, des procédés et des outils ont été inventés, imaginés pour bannir des créations, la médiocrité du défaut. Des compas, des règles, des filtres anti-reflets/poussière, ont vu le jour pour se mettre au service de l’excellence visuelle.

Mais aujourd’hui, de plus en plus d’artistes s’approprient les codes établis depuis des siècles pour mieux les transformer et ainsi créer leur propre beauté, leur propre perfection.

Les mouvements vintage, handmade et grunge, ont fait leur apparition dans la liste du ‘trendy’. Ainsi, une nouvelle génération est née, prônant l’imparfait comme une ligne de conduite dans l’exercice de leur art.

 

La vague des Instagrammers.

Depuis plusieurs années maintenant, les photographies ne tendent plus au strict reflet de la réalité. Les gens veulent du rétro. Pour cela il y a plusieurs règles à connaître :

#1 : L’avènement du filtre photo. Avec une surexposition, une teinte sépia et un vignettage vous vous approchez du cliché ‘parfait’. Pourtant, des années auparavant cette même photo aurait été considérée comme une suite de maladresses mettant en exergue l’amateurisme dudit photographe.

#2 : Le format Polaroid. Terminées les photos au format portrait ou paysage…maintenant on aime le format carré et les cadres blancs. Pourtant, lors de la sortie des appareils photo instantanés (de type Polaroid), les grands photographes se riaient de ces derniers, revendiquant alors une utilisation triviale de ce genre d’instruments.

#3 : ‘Make some noise’. Une photographie nette et lisse ne vaut plus rien aujourd’hui d’après ce courant. Il faut ajouter du bruit, du grain…il faut ajouter du défaut. Les utilisateurs modernes d’appareils argentiques ne les font plus nettoyer, si un grain de sable s’est glissé dans le boitier, c’est tant mieux. Les pellicules sont directement numérisées…une perte de qualité ? oui et alors ? C’est visiblement le but.

#4 : Du flou et des reflets. L’ère du net est révolue. Aujourd’hui on veut du flou sur les images, sinon c’est loupé. Aujourd’hui on se met en face du soleil pour que les reflets viennent rendre notre photo d’avantage ‘dans l’air du temps’. J’irai même jusqu’à citer l’effet photoshop ‘lens flare’ qui simule ces derniers de façon artificielle.

#5 : Le renversement des règles de composition. Même les principes fondateurs de la ‘beauté’ d’une oeuvre d’art ont été renversés. La règle des 2/3 – 1/3 n’est plus une priorité. Maintenant, on aime le centré. On veut que l’élément principal soit au milieu pour évoquer une symétrie.

Cette liste n’est bien sûre pas exhaustive. En fait, la recette du succès pour une photographie réussie de nos jours est l’antithèse de la perfection d’antan. Pour nuancer cette analyse, je parle ici d’un phénomène de mode qui n’est, en aucun cas, une généralité. De plus, on constate une diminution de l’utilisation du ‘trop plein’ d’effets. Ce mouvement comme tous les autres tend à s’estomper pour laisser place à de nouvelles lubies des artistes de demain.

 

L’age d’or du ‘fait main’

Un autre domaine relativement touché par cette pensée du imparfaitement parfait : la typographie.

J’avais déjà développé cette particularité dans mon Focus Design sur la typographie. Je ne vais donc pas m’étendre d’avantage sur le sujet, mais je tiens à partager quelques cas en particulier :

 

*Joe Horacek.  http://www.joehoracek.com

Artiste encore peu connu, il a la particularité de vendre ses propre t-shirts et de créer des logos authentiques.

 

*Kyle Steed. http://kylesteed.com/

Illustrateur et designer. Il est notamment connu pour ses packs d’icones au style particulier (appeléessteedicons) et ses handletterings inspirés.

 

*Reagan Ray. http://reaganray.com/

Designer @Paravel il aime l’illustration et compte à son actif de nombreuses identités visuelles, grace à sa pratique talentueuse du handlettering.

 

 

*Jon Contino. http://joncontino.com/

Sa spécialité : du ‘fait main’ approximatif. Il est probablement celui qui va le plus loin dans l’appropriation de l’imparfait à travers le domaine créatif. Mais cela ne l’empêche pas d’être sollicité par des marques de prestige telle que Nike (voir le projet). Voici une vidéo dans laquelle il explique sa vision des choses : 

 

J’ai pris deux exemples parmi les nombreux domaines artistiques existants, mais ce courant s’applique évidemment à la plupart d’entre eux. Il est intéressant selon moi de s’arrêter de temps en temps sur l’évolution du monde qui nous entoure, qu’il soit artistique ou non. Les codes sont recréés, le passé remis au goût du jour…et il est impossible de ne pas se questionner sur la nature des éléments fondateurs du monde digital dans les années à venir.

Quoi qu’il en soit le schéma restera toujours : inspiration, appropriation, révolution. 

 

 

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